La tête lui tournait à force de tourner dans cette danse, au son des instruments à cordes. Enfin la musique s'arrêta et elle put retourner s'asseoir. Un nouvel air engagea les convives sur les pavés de la place, ms elle préféra ne pas se joindre à eux. Elle massa ses tempes du bout des doigts. Aucun sourire n'éclairait son pâle visage. Elle avait maigrit. Elle regarda ses parents qui étaient assis non loin, à une autre table, puis elle baissa les yeux vers ses doigts entrelacés sur sa robe aux couleurs de l'empire, les fins liserées couleur or n'égayait pas cette robe triste et encore moins ce jour triste : jour de ces noces. Elle n'aimait pas sa robe, elle n'aimait pas la cérémonie et la fête qui avait été organisé. Mais par-dessus tout, elle n'aimait pas son époux. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas laisser la colère et la frustration envahirent ses yeux déjà emplis de larmes. Elle était si malheureuse. Elle essaya de se souvenir depuis combien de temps elle n'avait pas sourit, depuis combien de temps elle ne cétait pas dit avoir été heureuse, depuis combien de temps elle avait passé un moment agréable, en compagnie agréable. Elle avait peine à s'en souvenir. Elle n'arrivait même plus à se souvenir si elle avait été heureuse un jour. Une "amie" vint interrompre ces pensées pour la féliciter encore et encore, lui dire combien elle avait de chance d'avoir fait un si beau mariage. Elle acquiesça simplement en esquissant un sourire. Puis elle s'excusa et se leva afin de mettre fin à la conversation.
Elle quitta la place du village en se faisant la plus discrète possible, puis elle se mit à courir jusqu'à l'orée de la rivière. Elle s'adossa à un arbre, haletante. Elle n'avait pu retenir ses larmes qui désormais coulaient le long de ses joues. Elle s'avança dans la rivière jusqu'à la taille et s'arrêta elle leva les mains au ciel et se mit à crier :
"Oriana, pourquoi as-tu laissé faire ? Pourquoi n'as-tu pas interrompu cette mascarade ?
Comment as-tu pu bénir un tel mariage ?"
Sa voix ne fut plus qu'un gémissement. Elle sortit de la rivière et se laisse tomber au sol, sanglotant pendant presque une heure. Puis ses larmes se tarirent, la lassitude l'envahit. L'épuisement remplaça la colère et elle se décida à rejoindre le village. Sa robe était sale mais elle n'y attacha pas d'importance. Sa mère le remarquerait et la réprimanderait, mais elle s'en fichait. Désormais elle était sous l'autorité de son mari.
En revenant au village, elle rejoignit sa place : personne n'avait remarqué son absence. Assise sur cette chaise en attendant que les secondes se transforment en heures, elle se souvint de son enfance : elle avait été heureuse. Maintenant plus calme, elle se souvenait de ces rares moments, toujours trop court qu'elle avait passé, petite, avec sa grande sur. Toutes deux étaient inséparable et faisaient tout ensemble. Sa grande sur s'occupait d'elle tout le temps car ses parents la délaissaient : ils travaillaient. Mais sa sur, Katel, était présente. C'est elle qui l'habillait et lui faisait à manger. C'est elle qui le soir, la peignait et la bordait. C'est elle qui lui contait une histoire chaque soir différente. C'est elle qui lui appris à lire et à écrire, alors qu'elle-même avait appris secrètement. C'est avec elle qu'elle partageait tous ses secrets
Cest elle encore qui lui appris à savourer chaque instant de la vie, à observer la vie autour de soi, à chanter la vie ! C'est avec elle et seulement elle qu'elle avait rit. Katel avait voulu devenir prêtresse d'Oriana, mais ses parents en avaient décidé autrement : il fallait qu'elle épouse un homme riche qui subviendrait à ses besoins et qui surtout leur enlèveraient une fille, un poids.
La veille des noces, Katel était entré dans la chambre de sa petite sur et lui avait caressé les cheveux un instant. Elle lui avait déposé un baiser sur le front. Pour seule explication elle lui dit que cétait la seule façon d'honorer la vie. Elle lui avait demandé pardon et lui avait assuré qu'elle l'aimerait toujours. Elle lui recommanda de ne jamais oublié ce quelle lui avait appris, de continuer daimer la vie et davoir le courage de la mener jusquau bout avec courage. Se furent les derniers mots qu'elle entendit d'elle. On la retrouva noyé le lendemain matin dans la rivière. Depuis ce jour, Katherine n'eut plus jamais le sourire
Et personne n'essaya de lui redonner. Elle ne croyait plus en la vie mais elle n'avait pas la force de quitter ce monde, pas encore. Sa sur lui avait recommandé dêtre courageuse pour vivre, mais en réalité elle manquait de courage pour la quitter.
La veille, elle avait compris pourquoi sa sur avait pris cette décision : elle aussi allait être mariée avec un homme qu'elle connaissait à peine. Elle se sentait prisonnière. Cétait comme si elle n'avait pas le droit de vivre mais juste celui d'être une femme après avoir été une fille.
La vie semblait labandonnée et elle n'était plus qu'un objet qui changeait de mains.
Au fil des mois qui s'écoulèrent après cette noce, cette impression grandit en elle. Son mari ne se préoccupait pas d'elle. Elle devait être là pour lui, le servir, s'occuper de lui. Lorsqu'elle ne faisait pas ce qu'il voulait, il la frappait. Au début ce n'était qu'exceptionnellement ; mais plus elle devenait docile, plus il frappait.
Bientôt, son ventre s'arrondit. Elle sentait ce petit être grandir en elle comme un souffle de vie qui la parcourait de nouveau. Elle essayait, pour lui, de croire de nouveau en la vie. Il fut son soutien durant neuf mois, elle voulait que cela dure une vie entière. Puis il naquit.
En sentant ce petit être tout contre son sein, si petit et si fragile, elle se sentit plus forte. Elle était mère, et pour la première fois depuis tant d'année, un sourire apparu sur son visage et elle se sentit vivre de nouveau : le petit cur de son fils battait tout près du sien, lentraînant dans cette hymne à la vie. Son époux était fier de leur fils. Aussi fut-il plus clément avec sa femme qui lui avait donné un héritier.
Mais par une froide matinée d'automne, les bruits du bébé ne la réveillèrent pas. Lorsque les rayons du soleil vinrent la réveiller, elle bondit au pied de son lit et se rua vers le berceau. Son enfant, si petit encore, ne bougeait pas. Elle arrêta de respirer et contempla son enfant : lui non plus ne respirait pas. Son petit cur avait cessé de battre au rythme de la vie. Elle tomba à genoux et s'évanouit. Elle fut tiré de sa torpeur brusquement par son mari qui la secouait par les épaules. Il lui criait dessus en lui demandant ce qu'elle avait fait de son fils. Elle se mit à sangloter et il commença à la frapper. Il l'envoya contre le lit avec une violence rare. Sa tête heurta le coin et un filet de sang coula le long de sa joue, se mêlant aux larmes qui redoublait
tant la douleur qu'elle ressentait au fond d'elle était forte. La vie la quittait de nouveau. A ce moment précis elle aurait voulu que son mari la tue, pour la délivrer de cet enfer. Mais il n'en fit rien. Il se pencha sur le berceau et calomnia sa femme encore et encore. Elle se releva, alla jusqu'à la cheminée pour s'appuyer contre le bandeau. Son mari se tourna de nouveau vers elle, les yeux empli de rage. Elle le fixa, elle savait qu'il allait la tuer ; il la frappa et la fit tomber de nouveau. Mais toutes les frustrations, toutes les colères, toute la haine qu'elle avait accumulée jusque là prirent le dessus. D'une main elle saisit le tison de la cheminée et alors que son époux se penchait sur elle pour l'étrangler, elle le planta dans sa poitrine. Son mari fixa sur elle des yeux surpris avant de s'écrouler dans un bain de sang. Réalisant son geste
Katherine se redressa et affolé, elle parcourut la pièce plusieurs fois. On allait la pendre, ou pire que ça : il fallait fuir. Elle quitta sa robe de nuit tâchée de sang et enfila une robe de couleur sombre. A peine sa cape fut-elle sur ses épaules qu'elle était déjà en train de descendre les escaliers. Et c'est en courant qu'elle franchit une dernière fois le seuil de leur maison. Elle se rendit aux écuries pour prendre une monture et s'enfuit le plus vite possible de ce village maudit où elle avait tout perdu : sa sur, son fils... sa vie !
Elle parcourut des centaines de kilomètres durant des nuits et des jours, se reposant quelques fois dans des villages. Elle arriva dans une ville et décida qu'il était temps d'arrêter sa fuite. Elle réussit à se faire embaucher comme femme de chambre dans une grande maison bourgeoise. Elle se faisait appeler Katel. La vie suivait son cours, elle suivait le cours de la vie... de loin.
jusqu'à ce que la mort nous sépare...
Ouvert par sara Merenwen le 04/02/2005
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04/02/2005