La chaleur d'un foyer

Ouvert par sara Merenwen le 09/01/2005

Connecte-toi pour répondre.

Il était une fois, une jeune enfant du nom d'Iva. Si petite et si frêle, elle était assise dans la neige sur le bord du chemin, à l'entrée de la ville. Innocente, elle jouait avec la neige, un sourire timide sur les lèvres.
Madge la regardait depuis quelques minutes depuis le coin d'une maison. Elle s'approcha d'elle et s'accroupit. Iva leva des yeux interrogateurs vers cette femme aux cheveux d'argent. Madge lui sourit et lui prit la main, se leva et la fit se redresser. Elle l'entraîna à travers la ville, dans le froid glacial de cet hiver qui n'en finissait pas. Madge et Iva pénétrèrent dans une vieille maison pleine de courants d'air, mais où une bonne odeur de soupe se répandait. Madge fit s'asseoir Iva dans un fauteuil et l'enroula dans une épaisse couverture. Depuis un coin de la pièce, plusieurs paires d'yeux épiaient le moindre geste de la nouvelle arrivante
Madge alla s'occuper de la soupe qui chauffait doucement dans la cheminée.
Elle appela : "Roman, sors les assiettes"
Un jeune garçon, il devait avoir une douzaine d'année, sortit de l'ombre, les cheveux décoiffés, les vêtements troués, mais le regard malicieux. Iva s'enfonçait dans la couverture, intimidée : elle n'avait pas plus de quatre printemps. Madge savait que ses parents étaient morts durant l'épidémie de choléra dans la ville voisine, personne n'avait su comment la petite fille en avait réchappée, mais les gens l'avaient chassée. Elle avait appris cette histoire par hasard. Elle n'avait pas pu laisser cette petite fille, innocente, mourir dans le froid.

Depuis bien des années maintenant elle recueillait des enfants laissés pour compte. Depuis que ses propres enfants étaient morts à cause de cette même maladie qui avait emporté près des deux tiers du village voisins. Elle remplit les assiettes d'une bonne soupe chaude et soudain, une dizaine d'enfants se rua sur la table et commença sans plus attendre à se délecter du dîner. Madge prit la main d'Iva et l'installa à la table, près d'elle. Elle tapota de sa main sur la table et soudain le silence se fit, tous les enfants regardant Madge et la petite fille.
"Alors, vous ne saluer pas votre nouvelle compagne ? Elle se prénomme Iva"
"Bonsoir Iva" répondirent tous en chœur les enfants avant de se remettre à engloutir ce qu'il restait dans leurs assiettes. Iva n'osait pas toucher à l'assiette et Madge dû insister avant que la petite fille soulève l'assiette pour en avaler le contenu qui lui réchauffa le cœur rapidement. Madge sourit tendrement en regardant tous ces enfants qu'elle considérait comme les siens.
"Tonia, tu partageras ton lit avec Iva".
Une jeune fille d'une dizaine d'année acquiesça silencieusement. Il y avait peu de lit et il était fréquent pour les enfants de devoir les partager à plusieurs. Bientôt, il fut l'heure d'allez se coucher et tous les enfants escaladèrent l'étroite échelle qui menait dans les combles où se trouvaient leurs lits. Tonia dû aider la petit Iva à monter. Madge ne montait pas là haut, elle n'y parvenait plus depuis qu'elle avait chuté et s'était démis la hanche.

Au fils des jours qui suivirent, le jeune Iva s'ouvrit peu à peu aux autres enfants qui avaient appris à partager et à vivre ensemble depuis que Madge les avaient tous recueillis. Un soir, le vent se mit à souffler plus fort que d'habitude et la neige tomba à gros flocons, recouvrant rapidement les chemins et les toits. Le feu brûlait difficilement dans la cheminée et le vent glacial pénétrait dans la maison plus qu'à l'accoutumé. Iva grelottait au milieu de la pièce.
Madge la prit sur ses genoux et l'enveloppa dans sa couverture. Tous les enfants prirent leurs couvertures et s'emmitouflèrent, en se serrant les uns contre les autres. Madge sourit à Iva et lui dit :
" le vent est comme un enfant, il rentre sans prévenir, sans s'annoncer, innocemment, sans se rendre compte que parfois il amène un peu de froid avec lui. Il ne le fait pas exprès, il ne le fait pas méchamment. Il veut juste un peu de compagnie. Alors tout comme je vous ai recueilli, je le laisse rentrer un peu ici et partager quelques instants avec nous. Pour nous protéger du froid qu'il apporte, il nous suffit de nous couvrir convenablement et pour passer ce moment de façon agréable, je conte une histoire."
Alors, elle commença à raconter une histoire, puis une autre, et tous les enfants s'endormirent les uns sur les autres, se tenant chaud ainsi.
Pour chaque chose désagréable, elle essayait d'apprendre aux enfants de n'en voir que le bon.
A travers cela, elle apprenait aux enfants à trouver le bon en chaque chose, en chaque personne. Et elle trouvait toujours quelque chose d'amusant et de réconfortant à dire aux enfants dans ces moments difficiles. Ainsi, lorsqu'Iva se mit à pleurer un soir, Madge passa un doigt sur sa joue pour y recueillir la larme, puis elle leva son doigt et regarda avec attention la perle d'eau. Elle alla chercher une petite boîte sur l'étagère, l'ouvrit et y versa la goutte de tristesse avant de la refermer, puis elle prit Iva sur ses genoux et lui demanda
"Pourquoi pleures-tu ?"
Iva : " je voudrais voir mes parents"
Elle renifla et essuya ses joues humides d'un revers de sa petite main. Madge lui sourit et lui passa une main dans les cheveux
"Allons, il ne faut pas pleurer pour ça. Tu sais, tes parents seront toujours avec toi, en pensée. Et d'autres personnes seront à tes côtés pour t'aider comme ils l'auraient fait. Sais-tu ce que sont ces perles d'eau ?"
La petite fille fit signe que non.
"C’est toute la peine que tu as en toi. Ton cœur enferme au fond de lui cette peine, mais parfois, lorsqu'il n'a plus de place, la peine est obligée d'aller se déposer ailleurs : alors elle rejoint le fond des yeux et lorsqu'il n'y a plus de place la non plus, elle s'écoule sur les joues.
Mais, il y a un autre moyen de ne plus laisser la peine prendre toute la place. Pour ne pas la laisser occuper tout l'espace de tes yeux, il faut regarder autour de toi, et que toutes les images que tu découvres devant toi se fixe au fond de tes yeux pour repousser la peine. Ensuite, il faut enlever la peine qui se trouve dans ton cœur. C’est simple : il suffit d'ouvrir ton cœur à d'autres personnes ; ainsi tout l'amour que tu leur porteras emplira les moindres recoins de ton cœur, ne laissant plus de place à la tristesse. Il ne faut jamais laisser ces tristes sentiments t'encombrer"
Elle lui déposa un baiser dans les cheveux et la petite fille retrouva le sourire.

Lorsque le printemps pointa le bout de son nez, Madge entraîna les enfants dans de longues marches à l'extérieur à la rencontre de ce qu'elle appelait le spectacle. Iva regardait les autres enfants, puis demanda à Roman : " c'est quoi le spectacle ?"
Roman sourit et la fit monter sur ses épaules : bien qu'encore jeune, il était fort.
"regarde tout autour de toi et dis moi ce que tu vois"
Iva avait le visage inondé de cette lumière qu'était la joie et pouvait voir bien plus haut que les autres enfants, elle en était fière.
" Il y a quelques arbres, et puis des prés qui vont loin, loin"
Roman rit : " regarde mieux, que vois-tu sur les arbres ? Que vois-tu dans les prés ? Et ne vois-tu rein au loin, près de la forêt ?"
Iva regarda avec plus d'attention, et fronça les sourcils pour voir plus loin encore, elle cria alors en montrant du doigt : "Oh si là bas, on dirait un faon."
Roman s'écria : "mais c'est un faon. Et regarde sur les arbres, toutes ces jeunes feuilles qui commencent à l'embellir ; et dans les prés toutes ses fleurs qui ne demandent plus qu'à s'épanouir au soleil. Le faon là bas va rejoindre sa mère dans la forêt, tandis que d'autres jeunes animaux découvriront les lieux qui les entourent. C'est tout ça le spectacle, c'est toute cette vie qui nous entoure sans que nous n'y prêtions trop d'attention."
Madge sourit : les enfants apprenaient bien plus vite que les adultes.

Et durant toutes ses années qui s'écoulèrent, Iva grandit au sein de ce nouveau foyer. Madge semblait la couver plus que les autres enfants. Les enfants les plus âgés quittèrent la maison peu à peu pour rejoindre le travail de la terre, dans ce village ou dans un autre. D'autres enfants, plus jeunes, étaient accueillis au sein d'autres familles, et d'autres enfants venaient trouver refuge dans cette maison. Iva regarda le visage serein de celle qui l'avait élevée. Ses yeux étaient clos : elle reposait, paisible, après une vie bien remplie.
Une larme coula le long de la joue d'Iva qui était maintenant une belle jeune femme. Elle la ramassa au bout de son doigt et la mit dans cette petite boîte qui était sur l'étagère. Elle fit ce que lui avait appris Marge : elle ouvrit con sœur à d'autres enfants orphelins.

Roman vint se recueillir auprès de Madge une dernière fois. Il profita de ces quelques jours pour réparer quelques murs de la maison, limitant ainsi les courants d'airs, mais il ne put les supprimer tous. Il ne repartit pas dans son autre village, il trouva une terre à cultiver non loin de cette maison où il avait lui aussi grandit, épousa Iva et tous deux accueillirent des enfants, les élevant avec les leurs. Une bonne soupe chaude et une couverture confortable attendaient les enfants qui en avaient besoin. Aucune histoire ne fut perdue.

C'est quelques années plus tard qu'une jeune femme vint partager un repas en famille à leur table, en plein hiver, avant de trouver sa liberté dans le cœur d'un homme. La princesse du palais de glace revint chaque année à la même période, partager cette bonne soupe chaude et écouter les histoires merveilleuse qui entraînait tous les enfants dans un doux sommeil.