Le soleil déclinait sur le port de la cité du désert aux dômes d'or, les bateaux tanguaient doucement au grès des vagues qui venait s'échouer sur les quais, les marins étaient dans les tavernes et les auberges où ils allaient passer la nuit. Un capitaine restait cependant sur le pont de son bateau, sans pour autant descendre sur le ponton du port, il regardait vers les toits du palais. Les gardes du port le surveillaient, ils avaient reçu l'ordre de ne pas le laisser quitter son navire. Ordre de l'empereur, personne ne pouvait oser aller contre, mais sait on jamais, le meilleur maître d'arme du palais était là lui aussi : ce capitaine ne devait pas quitter le port.
Tandis que le port était calme et immobile à cause des ordres impériaux, une ombre se glissait en ville, quittant la taverne de l'Espadon d'argent, sa bourse avait pris quelque ampleur par rapport au moment de son entrée dans l'auberge. La jeune femme se glissa jusqu'au port, un grand sourire aux lèvres. Elle lança un couteau au pied du maître d'arme puis disparu.
Cela déclencha une certaine animation chez les gardes, le maître d'arme quand a lui ne quitta pas le capitaine du regard, le capitaine quand a lui baissa simplement les yeux vers le couteau puis repris sa contemplation du toit d'or du palais. Les gardes du port eurent beau chercher le lanceur, ils ne trouvèrent rien
La jeune femme reparti dans les ruelles de la ville, se dirigeant vers le palais, récupérant parfois la bourse d'un passant un peu trop saoul ou inattentif. Le palais aux toits d'or se dressait devant elle, entouré de son imposante muraille et de son mur d'enceinte dont la sécurité avait été doublée en raison de la présence du capitaine en ville.
La belle soupesa la bourse qu'on lui avait donné, hésitant encore un instant, puis continua son chemin vers le mur d'enceinte. Elle se glissa jusque sous l'avancée du chemin de ronde, grimpant au mur de nacre et s'arrêtant à la limite du chemin de garde elle posa la main sur la garde d'un de ses couteaux puis se ravisa, visiblement ennuyée
"Pas de mort, ils m'ont dis pas de mort... Je n'aurais pas du accepter cette mission, il n'y aura pas de mort, juste une morte..." grommela t'elle après le passage d'un garde à quelque centimètres d'elle
Elle sauta d'un bond sur le mur d'enceinte, et se jeta immédiatement dans les jardins, priant qu'un garde ne passe pas en bas à ce moment là. Elle n'avait eu à neutraliser quiconque, si aucun garde ne l'avait vu passer, elle était encore tranquille quelque temps.
Elle se glissa dans les jardins, disséminant derrière elle quelques friandises pour les molosses de l'empereur
"Espérons que ça suffise..."
Le plus dur restait à faire quand elle arriva auprès du mur du bâtiment qu'elle visait. Sur les toits d'or, même si la nuit était tombée elle serait visible sans mal
Elle n'avait pas le choix, elle fit le plus vite qu'elle pu, et passa à travers la fenêtre qu'on lui avait indiqué, manquant assommer la jeune demoiselle qui se trouvait à regarder par celle ci
La princesse impériale en personne, qui contemplait le port depuis sa fenêtre, elle ne cria pas à l'entrée de la voleuse, et lui demanda simplement qui elle était
"Je viens de sa part, il a eu du mal à trouver quelqu'un d'assez fou pour accepter de venir."
La voleuse tendit un petit paquet de soie à la princesse, celui ci contenait un cristal de jade taillé en un visage de lion avec en dessous cette devise "Que jamais volonté ne me quitte"
La princesse fit signe à la voleuse de se glisser derrière une des bibliothèques de la pièce. Elle fit ce geste machinalement, comme si il avait été répété des dizaines et des dizaines de fois
mais la tension qui régnait quand les gardes entrèrent dans la pièce ne laissait aucun doute possible, jamais personne n'était arrivé aussi loin, et seul dans ses rêves la princesse avait prévu l'usage de cette cache...
Les gardes fouillèrent la pièce, leur chef les houspillant avec sévérités. Ils ne purent que s'excuser d'avoir dérangé la princesse, visiblement l'un des gardes avaient eu la berlue. Le garde en question allait d'ailleurs se retrouver de corvée de latrines pour quelques temps...
La voleuse ressorti de sa cachette, la princesse s'adressa a elle sans ambages "Si vous me faites sortir d'ici, les joyaux qui ornent mon cou sont à vous, je dois le retrouver, je n'en puis plus d'obéir aux ordres de mon père."
La voleuse hésita "Je comprends votre cause, mais il m'est impossible de vous faire sortir d'ici, si je le pouvais je le ferais pour rien."
La princesse s'écroula sur son lit, serrant le cristal contre elle. La voleuse s'excusa de ne pouvoir faire plus, puis quitta la pièce par là où elle était venue.
Le retour fut plus facile, les gardes préférant éviter de se tromper sur ce qu'ils voyaient vu la colère de leur chef, la voleuse se glissa de nouveau jusqu'à l'espadon d'argent, mais hésita sur le pas de la porte. Elle haussa les épaules
"Je ne suis plus à une folie prêt maintenant..."
Elle n'ouvrit pas la porte et partit vers le port. Elle se glissa sur les quais, esquivant les gardes, parfois obligée de se glisser dans les eaux sombres pour ne pas se faire repérer mais qu'importe. Arrivant prêt du bateau au mat duquel était suspendu l'étendard du lion elle s'arrêta, sourit un instant, et reparti en arrière, s'offrant le luxe d'aller chercher son couteau que personne n'avait prit la peine d'ôter des planches. Couteau qui, une fois ramassé, fut lancé dans le mat, la lame passa à quelques millimètres de la joue du capitaine qui resta cependant stoïque
Les gardes paniquèrent, le maître d'arme s'avança, le capitaine n'avait pas bougé d'un pouce, le maître d'arme se ravisa donc, mais ne le quitta pas des yeux.
La voleuse se glissa à bord, restant tapie sous le bastingage elle chuchota au capitaine
"Mission accomplie, elle veut vous rejoindre."
Le capitaine retint à grand peine un sursaut, puis regarda le maître d'arme
"J'espère que vous appréciez votre mission... Je ne passerai pas de toute façon, à quoi bon maintenant."
Le maître d'arme ne répondit pas. Le capitaine parti dans sa cabine après un dernier regard vers les fenêtres du palais. Le maître d'arme quitta le port, non sans aller voir chaque garde
« Gardez le à l'oeil, le lion n'abandonne jamais... »
La voleuse rejoignit le capitaine dans sa cabine
"Alors maître Lion, que faisons nous pour la belle ?"
- Rien... je ne peux prendre le risque que vous soyez blessé en l'emmenant au dehors, trop de gens ont déjà perdu la vie en essayant d'aller la trouver."
- Le lion abandonnerait il ? Si vous aviez vu la lueur dans ses yeux lorsque le jade s'y est reflété..."
- Ne me torturez pas, ayez pitié, vous avez été assez grassement payé je pense, si pour que vous partiez il faut que je rajoute quelques pièces, je le ferais."
- Je ne compte pas partir maître Lion, pas sans vous emmenez avec moi en tout cas."
Le capitaine parut interloqué et leva les yeux du verre de vin qu'il contemplait, les yeux perdus dans la robe carmin du liquide
"Et oui, je ne peux faire sortir un colibri d'une cage dorée, mais y faire entrer un lion peut être possible... Si vous vous sentez de taille à briser les barreaux."
Le capitaine se leva, se déshabilla, faisant fi de la présence dans sa cabine, et se vêtis de sombre "Juste une question, vous parlez toujours par image ?"
- Je trouve le reste ennuyeux, ne m'en veuillez pas maitre Lion. Allons y, et prenons garde car si le Tigre est parti, il n'en reste pas moins attentif."
Les deux monte-en-l'air glissèrent dans l'eau depuis l'arrière du vaisseau, et nagèrent jusqu'à la berge. La traversée de la ville ne posa pas le moindre souci, la voleuse connaissant chaque ruelle, chaque recoin, et chaque tour de garde. Seul le palais posait problème, et cette fois, le mur d'enceinte fut gênant.
Le capitaine tira son sabre et fit face au garde "Merci d'avoir essayez, partez maintenant, cette affaire ne vous concerne pas."
La voleuse tira 2 lames courtes recourbées "Allez retrouver votre belle, jamais quiconque ne dira que la panthère a fuit, et acculée, je ne peux que faire de mon mieux pour m'en sortir"
L'homme hésita, puis se jeta en bas du mur, les gardes ne réagirent pas assez vite, il avait un peu d'avance. Il grimpa à la chambre de la princesse comme lui avait indiqué la Panthère, arrivé en haut il la serra contre lui et lui murmura "Elle a essayé de m'amener à toi, mais ce soir c'est la dernière fois que nous nous verrons je le crains."
La porte explosa avant que la princesse ait pu répondre, et le maître d'arme entra, suivi de l'empereur qui pointa son doigt sur le capitaine "Je t'avais interdit de venir ici ! Tu connais ta peine"
Le capitaine fixa les arrivants, les défiants du regard « Empereur, je suis prêt à encourir la peine, mais je demande que soit appliqué la loi du sable. »
L'empereur parut surpris, le visage du maître d'arme s'éclaira d'un sourire carnassier "Ne refusez pas, mon empereur, eut égard à son rang il a le droit de faire cette demande et lui refuser vous causerait plus de tord qu'autre chose, de toute façon il n'a aucune chance."
L'empereur hésita puis prit la parole "Bien, que le sable soit le juge alors. Tu partira demain à l'aube, sans eau, et avec seulement ton sabre"
"Si tu rejoins la cité de mon cousin, à 7 jours de marche forcée, en vie, alors tu aura droit à la main de ma fille. Si jamais tu meurs dans le désert, le sable aura gagné. Il te reste un dernier choix, rester ici, et dans ce cas là c'est le Maître des Sables qui s'occupera de toi."
L'empereur désigna le maître d'arme.
La princesse murmura au capitaine de fuir, qu'elle prierait pour qu'il parvienne à traverser tout le pays bien que personne n'y soit encore jamais parvenu. Les gardes séparèrent le couple, et le capitaine attendit l'aube au fond d'un cachot.
Le lendemain à l'aube, l'empereur lui même assista à son départ, la lame du capitaine avait disparu dans la nuit, mystérieusement. Il parti donc avec ces seuls vêtements pour une traversée du désert impossible.
Il marcha tout le jour, il ne pouvait mourir, il ne pouvait faire demi tour, pas sans arme, mais il n'arriverait jamais à destination, et même s'il y arrivait une flèche l'en empêcherait, il savait qu'il ne reverrait jamais sa belle
A la nuit tombé un cheval noir vint à lui, portant une demoiselle sur son dos "Alors maître Lion, le sable du désert est il à votre goût ?..."
Le capitaine sursauta "La panthère ! Vous vous en êtes sortie !"
Elle lui sourit "Et j'ai quelque chose qui vous appartient" elle jeta le sabre de l'homme dans le sable "ils ne savent pas où cacher ce qu'ils volent, vous en avez plus besoin qu'eux. Prenez mon cheval et allez donc la chercher."
Le capitaine ramassa le sabre "Je ne sais comment vous remercier... Que je m'en sorte ou non, venez sur mon bateau dès que vous le pourrez, mes hommes vous donneront tout ce que je possède pour paiement."
- Allez y, vous perdez votre salive inutilement, et je n'ai pas pris d'eau pour vous, vous avez demandé la loi du sable, allez jusqu'au bout."
Le capitaine ramassa son arme et parti "Je vous laisse votre cheval en ce cas."
La voleuse sourit et installa son camp pour la nuit
Le capitaine arriva à la cité impériale alors que le soleil était à son zénith, le maître d'arme l'y attendait
"Tu as choisi la pire des solutions, descendants d'une lignée de seigneur ou non, ta vie s'achèvera ce soir, petit capitaine ridicule. Le désert aurait été plus doux que moi."
- Ni toi, ni l'empereur ne pourrait tuer notre amour, vous avez déjà perdu, et jamais je n'abandonnerais.
- Ton frère m'a dit la même chose avant que je ne prenne sa vie et que l'empire s'étende un peu plus. C'est ton tour aujourd'hui."
Les deux combattants tirèrent leur lame et le premier contact entre les deux éclairs d'aciers inonda toute la cité d'un bruit étincelant. Les coups s'enchaînaient à une vitesse fulgurante, et aucun des deux ne semblait faiblir. Le capitaine commençait cependant à ressentir les effets de la soif et de la faim, mais fidèle à sa devise, sa volonté était au dessus de ces besoins, et il esquiva d'une pirouette une attaque rageuse de son ennemi et contre attaqua au visage.
Le premier sang était pour lui.
Le combat dura jusqu'au soir, toute la cité ou presque c'était rassemblé pour admirer ce duel
Les yeux du maître d'arme trahissaient une certaine panique à mesure que la nuit s'installait, il aurait du vaincre rapidement. Le capitaine quand a lui ne faiblissait pas, le maître d'arme perdait du terrain.
Il glissa dans le sable et tomba, toute la population de la ville poussa un hourra, mais le capitaine recula d'un pas et cassa la garde
« Je ne vaincrais pas ainsi, relève toi, tu mériterais de mourir comme un chien pour ce que tu as fais aux miens, mais je te tuerais comme un homme ainsi personne ne pourra contester ma victoire. »
Le maître d'arme se releva lentement et se jeta sur le capitaine qui glissa dans le sable d'un geste fluide, et son bras se tendit. Le maître d'arme s'écroula, le ventre ouvert.
Le capitaine rengaina son arme et posa un genou à terre, épuisé. Il se redressa après une minute et reparti vers le palais, les habitants lui firent une haie d'honneur et lorsqu'il arriva au palais, aucun des gardes de l'empereur ne l'écoutèrent lorsque celui ci leur ordonna d'arrêter l'homme.
Le capitaine pris la main de la princesse, et quitta le palais, ils rejoignirent les quais, son vaisseau était prêt à partir. Il monta à bord avec la belle, quittant pour toujours cette ville qui les avaient tant fait souffrir de l'absence de l'autre
Ils restèrent un instant sur le pont, à contempler une dernière fois les lueurs de la ville quand une voix se fit entendre derrière eux "Et si nous partions maître Lion, j'aimerais voir l'océan, d'autant que plus aucun coffre de cette ville n'est plein, étonnamment personne ne surveillait plus rien cet après midi."
FIN.... pour l'instant ;)
Le Lion, Le Colibri et la Panthère. Acte I
Ouvert par pj1065 le 14/09/2004
Connecte-toi pour répondre.
14/09/2004