Le jeune garçon avait froid et faim. Mais ce n'était pas le plus terrible. Quasiment nu, ce n'était pas ce blizzard glacé qui lui donnait la chair de poule. Non. En tant qu'esclave de cette tribu nordique, cela faisait maintenant deux ans qu'il avait froid et faim. Ce qui lui donnait la chair de poule, c'était la peur.
Pas la peur de ne plus revoir ses parents, il y avait longtemps qu'il n'y pensait plus que comme à une époque révolue. Comme un souvenir d'une autre vie.
Ce n'était pas non plus la peur de ne pas savoir ou aller, d'être à jamais perdu loin des siens... de ce qu'il lui fallait maintenant appeler les siens. Il savait quel chemin prendre. Oui, il pouvait quitter ce plateau d'une blancheur morne et désertique. Mais rentrer les mains vide signerait son arrêt de mort plus sûrement encore que les crocs d'une meute de loup des glaces.
D'y penser le fit frissonner de plus belle. Car c'étaient ces loups qui lui flanquaient cette peur. Une peur animale, celle qui dans les troupeaux conduisait des dizaines de bêtes à sauter du haut d'un précipice, ou encore à se laisser égorger sans esquisser le moindre mouvement...
Il avait peur. N'était-ce pas un loup que cette ombre de lune, derrière ce sapin? Non. Le contact de la longue branche dans son poing serré le rassura un peu. Elle était à peu près droite, et pointue à son extrémité. Pâle imitation de lance.
Mais qui devrait bien lui suffire. Il y avait deux jours maintenant qu'il arpentait ce plateau en espérant trouver un gibier digne d'être rapporté. Il avait bien dénicher un genre de rongeur, mais cela lui avait à peine comblé le trou sans fin de son ventre. Alors le ramener comme trophée !! Plutôt la mort que d'imaginer les moqueries grasses de ces barbares poilus et brutaux. Finir sa vie comme esclave, jamais !!
Il leur montrerait de quoi il était capable !
Il soupesait son arme pour en trouver le meilleur équilibre, tout en s'imaginant transpercer un renard, voire une biche ou mieux, un renne.
Quand tout à coup, un cri dans la nuit le ravala de rang de chasseur à celui de proie. Ce seul bruit, terriblement magnifique, le fit passer de prédateur à gibier.
Il courut vers les vielles ruines d'une ferme, ceint sur trois côtés de murs branlants, où il se mettrait dos au foyer éteint depuis des lustres. Illusion de sécurité ? Les vieilles odeurs du feu des hommes chasseraient peut-être l'appétit des loups...
En courant, il entendit plusieurs de ces hurlements, se répondant pour la chasse. Cela ne faisait plus aucun doute. Il était leur repas de cette nuit.
Et bien, il ne se laisserait pas faire. Jamais ils ne laisserait quoi que ce soit avoir raison de lui sans combattre. Son tempérament de feu rejaillit, dans la certitude de sa mort. Ce n'était pas juste. Pas plus que la mort de sa mère dans son enfance, pas plus que le pillage de son village quelques années après, et pas plus que la mort de son ami, il y a deux lunes, dans la même situation que lui aujourd'hui. La haine montait en lui aussi sûrement que le cri désormait unique des loups se faisait plus proche...
Le premier qu'il vit était une bête énorme. Une fourrure blanche comme la neige, sur laquelle tranchait comme une lame la noirceur de son regard et le rouge de sa gueule. D'autres évoluaient autour, mais c'était le meneur. Il n'avait jamais vu de bête aussi grosse. Il s'avançait au-devant des siens, sur de son fait, les babines retroussées sur un grondement sourd. Les oreilles couchées, ses yeux noirs lui lançait un défi. Saurait-il au moins se défendre ? Ou resterait-il collé au mur à attendre son inéluctable mort ?
Il était en effet paralysé par la peur. Mais la colère montait en lui. La vue des crocs qui allaient le déchirer pour se repaître de sa chair, comme tous ces loups qui s'étaient repu de sa vie, de son âme, lui fit pousser un cri de guerre à l'adresse de ce loup qui allait l'achever.
Toute la peur, la colère, la frustration et la haine accumulée en lui depuis son enfance se déversait maintenant dans ce cri, dans ses veines. Ces sentiments transformaient son sang en un torrent de fureur, raffermissaient ses muscles et aiguisaient ses réflexes.
Le loup se senti défié devant les siens, et se ramassa sur lui-même. De grondement, son cri devint un feulement sauvage, primal.
Au même moment, bête contre bête, le loup et l'homme s'élancèrent l'un contre l'autre. Cri contre cri. Colère contre colère. Crocs contre lance. Le garçon raffermit sa prise sur son arme, qui devint une extension de sa volonté, l'expression de ses douleurs passées, présentes et futures. Ce n'était pas du bois, mais bien la fureur chauffée au rouge qui pénétrait le poitrail de la bête, éclaboussant de sang les combattants...
Il allait mourir, déchiqueter par la meute, mais il aurait au moins emporté le dominant avec lui. Il dégagea son arme, vibrant d'une énergie nouvelle et vrombissante, et se tint prêt à accueillir les autres...
Josh se réveilla dans un sursaut, tâtonnant de la main à la recherche de son arme.
Puis il se souvint. La meute s'en était allée, le laissant seul avec son trophée. Pour quelle raison, il ne le saurait sans doute jamais. Pas parce qu'ils avaient peur. Par respect ? Il en doutait.
Mais il offrirait ce soir lors de la cérémonie qui ferait de lui un "homme" la peau du loup à Kuor, on ne sait jamais...
Il avait gagné ce droit. Et un nom : l'écarlate. probablement du au sang dont il était couvert lorsqu'il est rentré au camp, dégoulinant du corps de la bête qu'il transportait sur ses épaules.
Mais surtout, il avait gagné quelque chose qui surpassait cela : il le savait au fond de lui-même, il n'aurait plus jamais peur...
Josh l'écarlate
Ouvert par Frakir L ecarlate le 10/09/2004
Connecte-toi pour répondre.
10/09/2004