Il était une fois, dans une lointaine contrée, un jeune et vaillant guerrier du nom de guillaume. Fils cadet dune famille de paysan, il avait été enrôlé dans larmée lors de sa seizième année. Il maniait lépée avec souplesse et agilité, ce qui le distingua dans bon nombre de batailles. Courageux, il avait aussi un esprit vif qui lui permettait danalyser toute situation afin dagir au mieux.
Lors dune grande bataille, il sauva la vie de son souverain : le roi Egmond. Pour le remercier et le récompenser, ce dernier le promu Capitaine dans son armée. Devant un tel honneur, le jeune capitaine ne put que jurer fidélité et loyauté à son roi : envers et contre tout il lutterait à ses côtés.
Vint le jour de tenir sa promesse. Le roi, qui atteignait un âge mûr, désirait épouser la plus belle femme qui existait en ce monde. A ce quon lui avait rapporté, aucune femme du royaume ne rivalisait en grâce et en élégance avec la fille de son rival : le roi Hugues, souverain du royaume voisin. Egmond savait que jamais, ô grand jamais Hugues ne lui donnerait la main de sa fille unique, en raison des querelles passées et surtout car cela reviendrait à lui céder son royaume au jour de sa mort. Aussi le roi Egmond envoya-t-il un bataillon à la frontière, demandant au jeune capitaine den prendre la tête. Un corbeau senvola, emportant avec lui un message pour le roi Hugues annonçant la guerre. A peine le message fut-il lu que déjà lon criait dans tout le royaume que larmée ennemie avait attaqué : la guerre était déclarée et rien ne pourrait plus larrêter que la chute dun des deux royaumes.
Guillaume ne comprenait plus son roi quil avait cru juste et bon. Egmond se révélait être un homme cruel et égoïste. Mais Guillaume devait tenir sa parole et il prit la tête de larmée, quil conduisit au-delà de la frontière, au travers des villages, suivant les ordres de son roi, poursuivant les villageois affolés et sans ressources aucunes. Son roi lui ordonnait de détruire chaque maison, chaque bâtisse et dasservir la populace. Il eût beau essayer de lui faire entendre raison, rien ny fit et il fallait quil tienne parole, sans quoi la sanction aurait été fatale pour lui et sa famille.
Les maisons brûlaient sur leur passage et les habitants étaient fait prisonniers. Le jeune capitaine ne savait plus quoi faire. Plus il avançait plus la guerre lui faisait horreur : lui qui rêvait de combat à la loyal et dhonneur, il ne voyait que des guerriers massacrer des hommes défendant leurs familles avec une fourche, égorgés des vieillards, assouvir leurs pulsions sur des femmes anéanties par la vue de leurs enfants ensanglantés. Les cauchemars le hantaient jours et nuits, et ces visions dhorreur lui donnaient la nausée.
Bientôt, les murailles qui protégeaient la ville et son souverain se découpèrent sur un ciel orageux. Mais larmée du roi Egmond était prête et plus puissante, elle navait connu que peu de perte humaine durant ses journées dinvasion, à linverse du royaume envahi. En un jour et une nuit, la ville affaiblie par les assauts répétés tomba aux mains de lennemi. Les gardes furent pendu haut et court, tandis que lon enfermait le roi Hugues dans les oubliettes ; son épouse et sa fille, quant à elles, furent conduites dans la plus haute chambre de la plus haute tour du château, surveillée nuit et jour. En deux semaines seulement le royaume était tombé sous le joug du roi tyrannique qui faisait désormais route vers ses nouvelles terres et sa promise, marchant sur les décombres et les cadavres.
Durant lattente de la venue du souverain, et comme pour se faire pardonner, le jeune capitaine ordonna quaucun mal ne soit fait à la population et veilla à ce que la famille royale soit le mieux traitée possible. Cest lui-même qui apportait leurs repas à la reine et à la princesse Anna. Les rumeurs navaient pas mentis au sujet de la beauté de cette dernière. Ses longs cheveux couleur dor sétalaient en ondulant sur de frêles épaules. Ses grands yeux clairs couleur docéan témoignaient de lintelligence et la fragilité de cette jeune femme qui aurait fait tourner la tête à nimporte quel homme. Il restait parfois quelques minutes à les observer, songeur : leur dignité les rendait encore plus belle. Bien que visiblement apeurées, elles offraient à la vue de tous une apparente tranquillité.
Un jour, Anna se risqua à demander ce quil allait advenir delles deux.. Il hésita à lui répondre, mais finit par lui avouer que son souverain désirait la prendre pour femme. Elle retint un petit cri et plongea dans les bras de sa mère qui resserra son étreinte comme pour mieux la protéger. Mal à laise et attristé, il quitta la chambre.
Lorsquil revient le soir daprès apporté le dîner, il trouva Anna seule, assise près de la cheminée à même le sol. Sa mère se reposait sur le lit. Il sassit près de la jeune femme et dans lintimité de la nuit, les heures défilèrent au fil de leur discussion. Alors quil allait quitter la chambre au petit matin, le capitaine se retourna vers Anna pour lui exprimer ses regrets ; elle lui répondit par un sourire triste.
Durant 4 jours, ou plutôt 4 nuits, les deux jeunes gens passèrent des heures à discuter.
Un après midi, alors que le souverain Egmond nétait plus quà trois jours de la ville, Guillaume demanda à Anna de laccompagner dans les jardins. Une fois loin de tout autre personne, il saisit le bras de la princesse avec une telle vigueur quelle grimaça de douleur et le fixa de ses grands yeux terrifiés.
«-Fuyez, lui dit-il brusquement et sans détour. Quittez le palais maintenant, personne ne vous retiendra. Partez, allez vous réfugier là où mon roi ne vous trouvera pas et ne revenez jamais. »
Leffroi qui cétait peint sur ce visage angélique fit place à la stupeur et à la surprise.
«- Je ne peux abandonner mon père et ma mère ici, sindigna-t-elle aussitôt. Jamais je ne partirai en les sachant prisonniers. »
Le capitaine était bien embarrassé : il voulait à tout pris sauver celle pour qui son cur battait en secret. Après quelques secondes de réflexion hâtives, il plongea ses yeux dans ceux couleur océan et lui murmura :
«- Alors fuyez avec vos parents. Jexpliquerai que vous aviez déjà quitter la ville lorsque nous lavons prise.
-Mais que va-t-il vous arriver ?
-Je nen ai que faire ! Tant que je vous sais en sécurité loin dici, je serais heureux et je pourrai me pardonner les crimes dont je me suis coupable ou que jai laisser commettre durant ces batailles. »
Aussitôt il ordonna que lon selle deux autres montures et, emmitouflés dans de longues capes, la famille royale royal quitta la cité à la nuit tombée. Anna et guillaume se jurèrent de ne jamais soublier et de se retrouver au plus vite. Ils allaient fuir vers lOuest, toujours plus loin, jusquà locéan et là bas il les retrouverait.
Lorsque le roi Egmond arriva au château et appris de la bouche de celui en qui il avait mis toute sa confiance que son rival et sa fille sétaient enfui, il entra dans une rage folle, et bien quil ne sut jamais la vérité, il fit enfermer Guillaume dans le plus noir des cachots. Et il ly oublia. Les jours se transformèrent en longue semaine dattente, despoir, de plaintes. Puis ce fut rapidement des mois qui sécoulèrent lentement dans lombre du cachot, et ces mois devinrent des années. Le jeune et beau capitaine dépérissait dans ce cachot sans lumière. Mille fois il voulut mourir, mille fois limage de celle quil aimait len empêcha. Il voulait garder lespoir de la revoir un jour.
Le geôlier remarqua ce jeune homme et senquit de savoir pourquoi il était là. Guillaume lui expliqua que le roi cétait mis en colère en apprenant la disparition de celle quil voulait épouser. Au fil des mois, le geôlier écouta avec intérêt le récit de la vie de ce jeune homme, les souvenirs de ses batailles, mais surtout ses confidences sur la belle princesse aux cheveux dor et sur leurs longues discussions. Plus Guillaume parlait dAnna et plus son amour pour elle grandissait, se muant peu à peu en passion. le geôlier se prit damitié pour cet homme qui ne vivait que de lamour quil nourrissait pour celle qui lattendait.
Un jour en ville, le geôlier appris que le roi allait faire exécuter un certain nombre de prisonniers, dont le capitaine. Durant la nuit précédant lexécution, le geôlier fit sortir Guillaume de son cachot et le conduisit à lentrée dun souterrain. Il lui expliqua quen suivant toujours le couloir de gauche, il trouverait la sortie qui se situait en plein cur de la forêt. Là bas, le fils du geôlier, un jeune écuyer, lattendrait avec une monture. Après maintes et maintes remerciements, Guillaume prit le chemin indiqué et arriva quelques heures plus tard dans une clairière. Comme promis, le cheval était là, paissant tranquillement sous la lune rousse. Le jeune écuyer était endormi non loin, la tête posée sur une souche.
Tous deux prirent la route vers lorée de la forêt, le soleil commençait à poindre au-dessus des arbres et en se guidant grâce à lui, les deux hommes prirent la direction de lOuest. Se nourrissant de ce quils pêchaient ou chassaient en route, dormant nimporte où, ils parcoururent les milliers de kilomètres qui les séparaient de locéan. Partout où ils allaient, on leur demandait où ils se rendaient. Chaque fois Guillaume répondait quil suivait son cur jusquà locéan. Bien des fois, le capitaine ne put fermer lil, tourmenté par les fantômes de ceux quil avait tués ou vu mourir, torturer par les remords.
Alors quil ny croyait plus, létendue bleue fit son apparition sous leurs yeux ébahis. Ils longèrent la côte encore plusieurs jours, se renseignant dans chaque village à propos dune famille de trois personnes qui serait venue sinstaller dans les environs voilà quelques années déjà. Mais rien ! Personne ne put lui donner dinformation. Lespoir sembla les abandonner de nouveau.
Pourtant, alors que les deux hommes se reposaient près dune source, une vieille dame vint à leur encontre, hésitante. Elle les aborda et leur demanda si cétait eux qui recherchaient une famille. Le capitaine se redressa prestement, acquiesçant. Le vieille dame leur fit part de ce quelle savait :
« - voici bien des années, un couple et leur fille sont arrivés au village. Ils ne possédaient rien dautres que de riches vêtements et de beaux bijoux quils échangèrent rapidement contre quelques écus avec lesquels ils achetèrent une masure aux abords du village et un lopin de terre quils cultivèrent durant des années. Leur fille, elle, tissait. Elle était fort habile, mais étrange. Bien que sa beauté lui valut bon nombre de prétendants, elle les repoussait tous, préférant flâner aux bord de leau de la fin de laprès midi à la nuit noire, rêvant dun amour perdu. »
Le capitaine resta interdit, aussi ce fut lécuyer qui réagit et demanda où ils pouvaient les trouver. La vieille dame eût lair désolé et leur expliqua quune épidémie de petite vérole avait emporté une bonne partie des habitants du village. Elle savait les parents morts, mais jamais il navait trouvé la jeune femme. Le capitaine crut défaillir et sanglota doucement tandis que lécuyer insistait auprès de la vieille dame pour en apprendre davantage. Devant labattement de Guillaume, la vieille dame lui répéta quils ne lavaient pas vu parmi les morts. Elle lui conseilla de poursuivre ses recherches le long du littoral. Peut-être attendait-elle toujours son amour au bord de locéan.
Le capitaine senhardit et regroupant tout ce qui lui restait de force, il sarma de courage pour poursuivre la route. Il remercia la vieille dame qui repartit en direction du village tandis que les deux hommes se remettaient en route. Durant plusieurs jours, ils ne voyageaient que de la fin de laprès midi, jusquà la nuit noire, longeant les plages qui bordaient locéan.
Et cest ainsi que quelques jours plus tard, il la vit assise face à la mer, attendant que les secondes ne la rapprochent de celui quelle aimait du plus profond de son cur. Il sapprocha delle doucement et ladmira en silence.
Il se rendit compte quelle avait vieilli. Ces cheveux dor avaient pris la couleur du sable blanc auquel ils se mêlaient. Des rides striaient sa peau laiteuse au coin de ses yeux et de sa bouche. Mais en plongeant ses yeux dans le regard dAnna, il la retrouva telle quil lavait aimée. Ses grands yeux se perdaient dans limmensité du même bleu. Il prit alors conscience que lui aussi avait vieilli durant toutes ses années dattente, de peine et de désespoir. Mais tous deux se retrouvèrent au fond de leurs yeux où un peu de leurs âmes brillaient dun nouvel éclat. La flamme attisée par le temps au fond de leur cur brûlait plus fort que jamais maintenant que leurs deux curs résonnaient à lunisson dans le silence de leur amour.
Il sassit près delle et dans la pudeur de la tombée du jour, leurs doigts sentrelacèrent.
Lécuyer regagna le village seul cette nuit là et jamais le couple enfin réunis ne vint ly retrouver.
Anna et Guillaume
Ouvert par sara Merenwen le 05/09/2004
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05/09/2004
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