Anna et Guillaume

Ouvert par sara Merenwen le 05/09/2004

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Il était une fois, dans une lointaine contrée, un jeune et vaillant guerrier du nom de guillaume. Fils cadet d’une famille de paysan, il avait été enrôlé dans l’armée lors de sa seizième année. Il maniait l’épée avec souplesse et agilité, ce qui le distingua dans bon nombre de batailles. Courageux, il avait aussi un esprit vif qui lui permettait d’analyser toute situation afin d’agir au mieux.
Lors d’une grande bataille, il sauva la vie de son souverain : le roi Egmond. Pour le remercier et le récompenser, ce dernier le promu Capitaine dans son armée. Devant un tel honneur, le jeune capitaine ne put que jurer fidélité et loyauté à son roi : envers et contre tout il lutterait à ses côtés.

Vint le jour de tenir sa promesse. Le roi, qui atteignait un âge mûr, désirait épouser la plus belle femme qui existait en ce monde. A ce qu’on lui avait rapporté, aucune femme du royaume ne rivalisait en grâce et en élégance avec la fille de son rival : le roi Hugues, souverain du royaume voisin. Egmond savait que jamais, ô grand jamais Hugues ne lui donnerait la main de sa fille unique, en raison des querelles passées et surtout car cela reviendrait à lui céder son royaume au jour de sa mort. Aussi le roi Egmond envoya-t-il un bataillon à la frontière, demandant au jeune capitaine d’en prendre la tête. Un corbeau s’envola, emportant avec lui un message pour le roi Hugues annonçant la guerre. A peine le message fut-il lu que déjà l’on criait dans tout le royaume que l’armée ennemie avait attaqué : la guerre était déclarée et rien ne pourrait plus l’arrêter que la chute d’un des deux royaumes.
Guillaume ne comprenait plus son roi qu’il avait cru juste et bon. Egmond se révélait être un homme cruel et égoïste. Mais Guillaume devait tenir sa parole et il prit la tête de l’armée, qu’il conduisit au-delà de la frontière, au travers des villages, suivant les ordres de son roi, poursuivant les villageois affolés et sans ressources aucunes. Son roi lui ordonnait de détruire chaque maison, chaque bâtisse et d’asservir la populace. Il eût beau essayer de lui faire entendre raison, rien n’y fit et il fallait qu’il tienne parole, sans quoi la sanction aurait été fatale pour lui et sa famille.
Les maisons brûlaient sur leur passage et les habitants étaient fait prisonniers. Le jeune capitaine ne savait plus quoi faire. Plus il avançait plus la guerre lui faisait horreur : lui qui rêvait de combat à la loyal et d’honneur, il ne voyait que des guerriers massacrer des hommes défendant leurs familles avec une fourche, égorgés des vieillards, assouvir leurs pulsions sur des femmes anéanties par la vue de leurs enfants ensanglantés. Les cauchemars le hantaient jours et nuits, et ces visions d’horreur lui donnaient la nausée.
Bientôt, les murailles qui protégeaient la ville et son souverain se découpèrent sur un ciel orageux. Mais l’armée du roi Egmond était prête et plus puissante, elle n’avait connu que peu de perte humaine durant ses journées d’invasion, à l’inverse du royaume envahi. En un jour et une nuit, la ville affaiblie par les assauts répétés tomba aux mains de l’ennemi. Les gardes furent pendu haut et court, tandis que l’on enfermait le roi Hugues dans les oubliettes ; son épouse et sa fille, quant à elles, furent conduites dans la plus haute chambre de la plus haute tour du château, surveillée nuit et jour. En deux semaines seulement le royaume était tombé sous le joug du roi tyrannique qui faisait désormais route vers ses nouvelles terres et sa promise, marchant sur les décombres et les cadavres.

Durant l’attente de la venue du souverain, et comme pour se faire pardonner, le jeune capitaine ordonna qu’aucun mal ne soit fait à la population et veilla à ce que la famille royale soit le mieux traitée possible. C’est lui-même qui apportait leurs repas à la reine et à la princesse Anna. Les rumeurs n’avaient pas mentis au sujet de la beauté de cette dernière. Ses longs cheveux couleur d’or s’étalaient en ondulant sur de frêles épaules. Ses grands yeux clairs couleur d’océan témoignaient de l’intelligence et la fragilité de cette jeune femme qui aurait fait tourner la tête à n’importe quel homme. Il restait parfois quelques minutes à les observer, songeur : leur dignité les rendait encore plus belle. Bien que visiblement apeurées, elles offraient à la vue de tous une apparente tranquillité.
Un jour, Anna se risqua à demander ce qu’il allait advenir d’elles deux.. Il hésita à lui répondre, mais finit par lui avouer que son souverain désirait la prendre pour femme. Elle retint un petit cri et plongea dans les bras de sa mère qui resserra son étreinte comme pour mieux la protéger. Mal à l’aise et attristé, il quitta la chambre.
Lorsqu’il revient le soir d’après apporté le dîner, il trouva Anna seule, assise près de la cheminée à même le sol. Sa mère se reposait sur le lit. Il s’assit près de la jeune femme et dans l’intimité de la nuit, les heures défilèrent au fil de leur discussion. Alors qu’il allait quitter la chambre au petit matin, le capitaine se retourna vers Anna pour lui exprimer ses regrets ; elle lui répondit par un sourire triste.
Durant 4 jours, ou plutôt 4 nuits, les deux jeunes gens passèrent des heures à discuter.

Un après midi, alors que le souverain Egmond n’était plus qu’à trois jours de la ville, Guillaume demanda à Anna de l’accompagner dans les jardins. Une fois loin de tout autre personne, il saisit le bras de la princesse avec une telle vigueur qu’elle grimaça de douleur et le fixa de ses grands yeux terrifiés.
«-Fuyez, lui dit-il brusquement et sans détour. Quittez le palais maintenant, personne ne vous retiendra. Partez, allez vous réfugier là où mon roi ne vous trouvera pas et ne revenez jamais. »
L’effroi qui c’était peint sur ce visage angélique fit place à la stupeur et à la surprise.
«- Je ne peux abandonner mon père et ma mère ici, s’indigna-t-elle aussitôt. Jamais je ne partirai en les sachant prisonniers. »
Le capitaine était bien embarrassé : il voulait à tout pris sauver celle pour qui son cœur battait en secret. Après quelques secondes de réflexion hâtives, il plongea ses yeux dans ceux couleur océan et lui murmura :
«- Alors fuyez avec vos parents. J’expliquerai que vous aviez déjà quitter la ville lorsque nous l’avons prise.
-Mais que va-t-il vous arriver ?
-Je n’en ai que faire ! Tant que je vous sais en sécurité loin d’ici, je serais heureux et je pourrai me pardonner les crimes dont je me suis coupable ou que j’ai laisser commettre durant ces batailles. »
Aussitôt il ordonna que l’on selle deux autres montures et, emmitouflés dans de longues capes, la famille royale royal quitta la cité à la nuit tombée. Anna et guillaume se jurèrent de ne jamais s’oublier et de se retrouver au plus vite. Ils allaient fuir vers l’Ouest, toujours plus loin, jusqu’à l’océan et là bas il les retrouverait.

Lorsque le roi Egmond arriva au château et appris de la bouche de celui en qui il avait mis toute sa confiance que son rival et sa fille s’étaient enfui, il entra dans une rage folle, et bien qu’il ne sut jamais la vérité, il fit enfermer Guillaume dans le plus noir des cachots. Et il l’y oublia. Les jours se transformèrent en longue semaine d’attente, d’espoir, de plaintes. Puis ce fut rapidement des mois qui s’écoulèrent lentement dans l’ombre du cachot, et ces mois devinrent des années. Le jeune et beau capitaine dépérissait dans ce cachot sans lumière. Mille fois il voulut mourir, mille fois l’image de celle qu’il aimait l’en empêcha. Il voulait garder l’espoir de la revoir un jour.
Le geôlier remarqua ce jeune homme et s’enquit de savoir pourquoi il était là. Guillaume lui expliqua que le roi c’était mis en colère en apprenant la disparition de celle qu’il voulait épouser. Au fil des mois, le geôlier écouta avec intérêt le récit de la vie de ce jeune homme, les souvenirs de ses batailles, mais surtout ses confidences sur la belle princesse aux cheveux d’or et sur leurs longues discussions. Plus Guillaume parlait d’Anna et plus son amour pour elle grandissait, se muant peu à peu en passion. le geôlier se prit d’amitié pour cet homme qui ne vivait que de l’amour qu’il nourrissait pour celle qui l’attendait.
Un jour en ville, le geôlier appris que le roi allait faire exécuter un certain nombre de prisonniers, dont le capitaine. Durant la nuit précédant l’exécution, le geôlier fit sortir Guillaume de son cachot et le conduisit à l’entrée d’un souterrain. Il lui expliqua qu’en suivant toujours le couloir de gauche, il trouverait la sortie qui se situait en plein cœur de la forêt. Là bas, le fils du geôlier, un jeune écuyer, l’attendrait avec une monture. Après maintes et maintes remerciements, Guillaume prit le chemin indiqué et arriva quelques heures plus tard dans une clairière. Comme promis, le cheval était là, paissant tranquillement sous la lune rousse. Le jeune écuyer était endormi non loin, la tête posée sur une souche.

Tous deux prirent la route vers l’orée de la forêt, le soleil commençait à poindre au-dessus des arbres et en se guidant grâce à lui, les deux hommes prirent la direction de l’Ouest. Se nourrissant de ce qu’ils pêchaient ou chassaient en route, dormant n’importe où, ils parcoururent les milliers de kilomètres qui les séparaient de l’océan. Partout où ils allaient, on leur demandait où ils se rendaient. Chaque fois Guillaume répondait qu’il suivait son cœur jusqu’à l’océan. Bien des fois, le capitaine ne put fermer l’œil, tourmenté par les fantômes de ceux qu’il avait tués ou vu mourir, torturer par les remords.
Alors qu’il n’y croyait plus, l’étendue bleue fit son apparition sous leurs yeux ébahis. Ils longèrent la côte encore plusieurs jours, se renseignant dans chaque village à propos d’une famille de trois personnes qui serait venue s’installer dans les environs voilà quelques années déjà. Mais rien ! Personne ne put lui donner d’information. L’espoir sembla les abandonner de nouveau.

Pourtant, alors que les deux hommes se reposaient près d’une source, une vieille dame vint à leur encontre, hésitante. Elle les aborda et leur demanda si c’était eux qui recherchaient une famille. Le capitaine se redressa prestement, acquiesçant. Le vieille dame leur fit part de ce qu’elle savait :
« - voici bien des années, un couple et leur fille sont arrivés au village. Ils ne possédaient rien d’autres que de riches vêtements et de beaux bijoux qu’ils échangèrent rapidement contre quelques écus avec lesquels ils achetèrent une masure aux abords du village et un lopin de terre qu’ils cultivèrent durant des années. Leur fille, elle, tissait. Elle était fort habile, mais étrange. Bien que sa beauté lui valut bon nombre de prétendants, elle les repoussait tous, préférant flâner aux bord de l’eau de la fin de l’après midi à la nuit noire, rêvant d’un amour perdu. »
Le capitaine resta interdit, aussi ce fut l’écuyer qui réagit et demanda où ils pouvaient les trouver. La vieille dame eût l’air désolé et leur expliqua qu’une épidémie de petite vérole avait emporté une bonne partie des habitants du village. Elle savait les parents morts, mais jamais il n’avait trouvé la jeune femme. Le capitaine crut défaillir et sanglota doucement tandis que l’écuyer insistait auprès de la vieille dame pour en apprendre davantage. Devant l’abattement de Guillaume, la vieille dame lui répéta qu’ils ne l’avaient pas vu parmi les morts. Elle lui conseilla de poursuivre ses recherches le long du littoral. Peut-être attendait-elle toujours son amour au bord de l’océan.
Le capitaine s’enhardit et regroupant tout ce qui lui restait de force, il s’arma de courage pour poursuivre la route. Il remercia la vieille dame qui repartit en direction du village tandis que les deux hommes se remettaient en route. Durant plusieurs jours, ils ne voyageaient que de la fin de l’après midi, jusqu’à la nuit noire, longeant les plages qui bordaient l’océan.

Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, il l’a vit assise face à la mer, attendant que les secondes ne la rapprochent de celui qu’elle aimait du plus profond de son cœur. Il s’approcha d’elle doucement et l’admira en silence.
Il se rendit compte qu’elle avait vieilli. Ces cheveux d’or avaient pris la couleur du sable blanc auquel ils se mêlaient. Des rides striaient sa peau laiteuse au coin de ses yeux et de sa bouche. Mais en plongeant ses yeux dans le regard d’Anna, il la retrouva telle qu’il l’avait aimée. Ses grands yeux se perdaient dans l’immensité du même bleu. Il prit alors conscience que lui aussi avait vieilli durant toutes ses années d’attente, de peine et de désespoir. Mais tous deux se retrouvèrent au fond de leurs yeux où un peu de leurs âmes brillaient d’un nouvel éclat. La flamme attisée par le temps au fond de leur cœur brûlait plus fort que jamais maintenant que leurs deux cœurs résonnaient à l’unisson dans le silence de leur amour.
Il s’assit près d’elle et dans la pudeur de la tombée du jour, leurs doigts s’entrelacèrent.
L’écuyer regagna le village seul cette nuit là et jamais le couple enfin réunis ne vint l’y retrouver.
Moi je dis bravo !

sara MJ ! sara MJ !!