Promenade en barque, par Feldon Dusalpêtre

Ouvert par Feldoran le 27/08/2004

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Promenade en barque,
par Feldon Dusalpêtre

L'on trouve en notre monde moultes occasions de se divertir si l'on est un guerrier approchant la corpulence d'un tonneau de bière, ou si l'on maîtrise les forces surnaturelles jusqu'à tutoyer les dragons. Mais pour le quidam dont la simple quête est celle d'une belle journée ensoleillée à l'abri du tumulte citadin, rien ne peut surpasser les délices du charmant pays de Meïnor.

Voilà de quoi nous devisions, il y a de cela maintenant quelques années, avec mon ami Fleubert Vertpied, après avoir longuement tergiversé sur ce que nous allions enfin nous décider à préparer pour le deuxième dîner. Il s'agissait d'une de ces journées sans grande joie ni grande peine. Ces journées nuageuses pendant lesquelles on ne sait vraiment s'il vaut mieux rester chez soi pour éviter toute pluie, ou sortir faire ses provisions afin d'être plus libre lorsque le temps sera enfin clément.
Nous avions choisi de rester chez nous. Chez lui, pour être précis. Il faut dire que Fleubert possédait alors un somptueux trou dans le quartier ouest de Ninui, et passer quelques heures ou quelques jours en ce trou valait bien la plus belle des promenades estivales, pour peu qu'on puisse apprécier une bonne partie d'échecs ou la lecture d'ouvrages précieux. Néanmoins, une fois ces quelques heures, ou quelques jours, passés, le jeu et la lecture perdent de leur attrait et l'on en vient à désirer l'air frais.

Quoiqu'il en soit, un bon plat se trouvait donc au four, en train de cuire, lorsque notre discussion en vint au sujet évoqué plus haut en introduction. Ce plat, je ne saurais plus guère vous dire de quoi il s'agissait. Probablement quelque chose de léger, vu la saison. Sans doute un hachis parmoitié, cette spécialité de Ninui composé d'un gros volume de pommes de terres écrasées pour un gros volume de viande hachée. Fleubert avait coutume d'y ajouter un peu de son whisky préféré, le bon roux du vieux Grandtas. Cela ne donnait pas véritablement meilleur goût à l'affaire, mais, à dire vrai, Fleubert avait coutume d'ajouter un peu de son whisky préféré à tout ce qu'il mangeait.

Que disais-je donc?
Oui, la discussion citée en introduction... En effet, le sujet en vint aux exaltations accessibles aux grands combattants des régions voisines ou lointaines, et surtout à l'impossibilité que nous avions alors de partager de telles aventures.
"Mieux vaut eux que moi!" s'exclama mon ami alors que je venais d'évoquer la possibilité pour ces gens de rencontrer d'immondes créatures, parfois même des trolls, ou des ogres assoiffés de sang et de avides de chair fraîche.
En effet, l'amour de la science et de la connaissance n'excuse pas tout. "Un hobbit vivant vaut mieux qu'un surhomme mort", comme avait coûtume de dire mon oncle Galdo. Je suppose qu'à présent, en tant que hobbit mort, il doit valoir un peu moins qu'un écureuil vivant.

Mieux valait eux que nous, donc. Oui, si quelqu'un devait mourir en affrontant quelque orque en maraude, autant ne pas être ce quelqu'un et fumer pendant ce temps une bonne pipe en regardant le soleil se coucher. Ou la lune se lever. Voire les deux à la fois si la saison s'y prête.

Mais alors comment?
Comment se divertir sans danger mais tout en goutant ce léger parfum d'inconnu, ces doux frissons qu'apportent l'incertitude du lendemain ou ces sueurs froides caractéristiques de l'absence de toute taverne, et donc de toute bière, à plus d'une lieue à la ronde?
"Il y a bien le fleuve..." marmonna Fleubert sans grande conviction.
Une avalanche de questions ne tarda pas à se déverser sur le pauvre hobbit comme sur un accusé en plein procès d'inquisition. Il me fallait en savoir plus sur cette possibilité de connaître l'aventure sans trop de risque, l'épopée des gens en barque, éviter l'odyssée amère.