l'affleur de la pluie

Ouvert par Flora De Galadon le 19/05/2003

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Elle noyait tout sur son passage. Inlassable et imperturbable, elle continuait à tomber à clamer sa victoire de ses éclats et de ses cris. La pluie battait sur les fenêtres et hautsvents de la cour intérieure. « Toute cette saleté qui empeste et se colle au désespoir va enfin disparaître dans la longue plainte de chaque goutte d’eau ».
Ilraë se détourna de la lucarne qui ornait les murs vides de sa chambre et alla s’asseoir sur son matelas. Elle jeta les hardes de son lit et empoigna son oreiller à pleines mains. Elle le mordit et le frappa de toute la haine qu’elle scellait en son cœur. La pluie redoublait de violence. A présent, elle sanglotait, à l’unisson avec les filets d’eau qui s’écrasaient et dégoulinaient.
Cela aurait pû être différent, avant. Mais avant n’avait plus de charme maintenant.
Elle ouvrit les yeux et se remémora les clins d’oeils tendres de sa mère ou les mots sages de son père, qui semblaient à l’âge de l’innocence, source de toute vérité. Elle avait échoué, voilà tout. Tout le pays arguait son nom, par-delà les plateaux du Solivent. Elle coupait net à ces pensées et arma son courage.
Plus de choix, plus d’alternatives, « je ne peux pas rester ici ! », se convinct-elle.

En deux temps, trois mouvements, elle claquait la porte et se préparait à affronter les piqûres de la pluie. Son front ne frissona pas et ses pieds ne s’enfoncèrent pas dans le duvet d’eau qui recouvrait les pavés de la rue. « Bien entendu…. » se disait elle. Elle se mit en marche et déambulait dans la ville alors que la pluie lui cédait le passage, alors que le sol se découvrait sous ses pieds. Enfin, les portes de la ville apparurent à ses yeux et elle frappa pour qu’on lui ouvrit, si quelqu’un pouvait l’entendre de l’extérieur. Mais rien, pas même un râle. Enfin si, plutôt un râle amenant le malheur. Elle colla l’oreille à la porte. Silence. Elle tenta d’ouvrir la porte de garde mais fini par lâcher prise. C’est alors qu’une fine lame translucide lui frola les oreilles, la dépassa et serpentait jusqu’à la porte. Au lieu de s’écraser sur le dur bois de la porte, la forme se fondit dans la matière et se glissa tout autour de la vieille ferrure de la porte. Naquirent alors à la surface, accompagnées d’une douce résonnance cristalline, de subtiles ondes qui jouèrent jusqu’à ce que le bois pourri et le fer rouillé se détachent en un craquement vermoulu. La porte retombait sur Ilraë et alors que sa surprise n’en finissait pas, un arc d’eau se forma au dessus d’elle, et le mince filet s’étendit, achevant une impeccable paroi de verre. La porte rebondit et disparut dans l’éclaboussure de sa chute. Il ne restait que son sillon, que l’eau s’efforça de faire disparaître le plus rapidement. « comme pour effacer les traces du passé » conclut Ilraë.
Elle franchit la porte et percuta sur le gémissement de l’instant d’avant. L’horreur apparut sur son visage quand elle vit l’homme accablé par sa mort. Il avait les yeux brillants et gorgés d’eau. Son dernier râle avait vidé ses poumons d’un liquide noir et visqueux. La tempète avait eu raison de lui.
Submergée par une nouvelle tristesse, elle s’assit à coté du cadavre et regarda dans le vide. Elle tentait désespérément de cerner la pluie, de demander, de supplier l’eau d’arrêter de la suivre, d’arréter de lui obéir. Quiconque l’aurait prise pour une folle ou une sainte, lorsqu’elle se leva, tendit les bras en l’air et ordonna à l’eau de cesser de l’importuner. Mais pour une fois l’eau ne s’exécuta pas. Elle continuait de s’acharner tout autour d’Ilraë, elle noyait tout sur son passage.
Ilraë hurlait au désespoir, tout comme elle le faisait quand son père et sa mère se retrouvèrent enfermés dans une prison d’eau. Elle les enveloppait, Elle les transperçait, Elle les ballotait et les tuaità petits feux, alors qu’Ilraë avait juré à leur perte quand ils lui interdirent d’utiliser son pouvoir. Elle n’en avait fait qu’à sa tête ce jour-là et son embrasement avait réveillé la fureur de l’élément qu’elle controllait. Ses paents se noyaient et les voisins tentaient en vain de les sortir de cette prison. Ses parents se noyaient et les gens s’enfuyaient ou la regardaient terrifiés. Ses parents sont morts noyés parce qu’elle l’avait voulu.
Elle hémergea subitement de ses pensées et revint à la réalité, la pluie s’était calmée et, sur ses paumes, des petites formes dansaient et couraient entre ses doigts. Bizarrement ces petites gouttelettes la réchauffaient. La pluie voulait s’occuper d’elle, la réconforter et la choyer. Ilraë tendit son visage et effleura du bout des lèvres le mur d’eau qui l’entourait. Une goutte se déposa sur ses lèvres et parcourut sa bouche jsuqu’à la commissure.
C’est alors, qu’elle comprit enfin ce que désirait l’Eau. Non ce n’était pas la servir, ce n’était pas un don qui lui était offert. L’eau la voulait, elle, elle voulait prendre son âme et son corps et attendait depuis toutes ces années la délivrance. Elle l’avait séduite, protégée, effrayée, elle l’avait accablée de sentiments et elle ne voulait que son énergie que son âme.

Ilraë souffla. Tandis qu’elle fermait les yeux, elle commença un rituel, son rituel ultime, elle ne ferait qu’un avec l’élément. Elle se déshabilla lentement et vida son esprit. Sa silhouette se détachait dans la pénombre, découpe phantasmagorique sous le voile humide. Elle croisa ses bras et leva la tête. Un seul pas, le seul contact qu’elle aura avec la pluie, sera son dernier. Un simple passant aurait vu le bouillonnement et la volute de fumée se former, mais il n’aurait guère discerné le corps de la jeune fille s’évaporer avec la pluie. Sa dernièe pensée allait à ses parents et elle murmura : « à présent je ne noierais plus personne, je les abreuverais et les resourcerais, j’abreuverais tout sur mon passage ». A sa disparition, les survivants de la tempète hésitèrent un œil dehors et écarquillèrent leurs yeux. Certains sortaient et s’agenouillaient, d’autres dansaient : la pluie avait cessé, le soleil frappa le sol de ses premiers rayons et la paix était revenue.